Attraper la queue du Mickey

décembre 10, 2013 dans ma vie

manège

J'aime emmener mon fils au manège.

Le minus, bien sûr. Le machin tourne, et c'est la joie. J'adore qu'il me demande "il reste un ticket ?" Rien n'est plus important que de pouvoir remonter dessus, attendre la fin du chargement, que la sonnerie retentisse et que ça reparte.

J'essaye de faire la même chose dans ma vie d'adulte. Savourer les petites choses tout de suite. Je déteste entendre les expressions "Carpe Diem" ou "croquer la vie à pleine dents" bleuarrrggg. Parce que ce sont des poncifs. Mais au fond, l'important n'est effectivement pas d'attendre demain pour que ce soit mieux. C'est de faire en sorte qu'aujourd'hui soit mieux. Ce sont mes enfants qui m'apprennent ça.

Plusieurs fois, j'ai proposé au minus de choisir entre un truc chouette tout de suite ou un truc méga-chouette plus tard. Genre un bonbon maintenant ou trois bonbons demain. Et ben il choisit toujours le plaisir immédiat. Et je trouve qu'il a bien raison. C'est toujours ça de pris.

Au fait je ne t'ai pas dis, il va y avoir une pause d'écriture d'une quinzaine de jours chez moi. Pour cause de voyage d'agrément. Parce que je ne sais pas si j'aurai envie d'en louper une minute pour écrire et si j'aurai la possibilité technique de le faire là où je vais. Je pars demain au Vietnam, réaliser un rêve de longue date : voir la baie d'Ha-Long. J'ai la chance que tout se goupille pour me permettre ce séjour. Je pars seul au début puis je rejoins des amis pour la deuxième moitié du séjour. J'ai hâte : Hanoï, Hô-Chi-Minh-Ville, le delta du Mékong et l'ile de Phú Quốc. Je rentre juste avant Noël. J'espère y faire de belles rencontres et de belles photos. Ce qui est sûr, c'est que je vais bien manger. On se revoit après ?

PS: il l' eu, le pompon sur la photo. Avec ses deux petits bras gauches.

Quand je vois vos commentaires sur Facebook (surtout un lendemain de Moi moche et méchant 2).

juin 27, 2013 dans ma vie

Quand j’emmène minus au manège, je fais comme tout le monde : j’achète des tickets, je donne les tickets à mon enfant pour qu’il les rende à son tour au mec du manège. Quand le manège s’arrête, je regarde si le minus ne se gaufre pas en descendant du véhicule et en remontant dans un autre. Là, je crois qu’on peut considérer que j’ai décrit la base commune à tous les parents ou accompagnants.

À partir de là, je distingue deux catégories : ceux qui regardent leur enfant pendant les tours et les autres. Dans ceux qui regardent, t’as les benêts comme moi, qui font le pitre à chaque fois que le nain passe devant, t’as ceux que ça chagrine que leur enfant ne leur fasse pas coucou à chaque tour, qui l’appellent de plus en plus fort à chaque tour, ceux qui filment, qui photographient (moi j’ai arrêté, j’ai 750 photos de manège), qui hèlent l’enfant en espérant avoir une photo de face et souriante, symbole de leur réussite parentale, ceux qui surveillent que leur turbulent ne soit pas en train de sauter du bazar en marche pour, le cas échéant, hurler “KEVIN, TU RESTES ASSIS !”, et enfin ceux qui ne disent rien, n’interpellent pas, mais regardent,et souvent, leurs enfants qui sont discrets également, se contentent d’esquisser un sourire de-ci de-là.

Dans l’autre catégorie, tu sens que le manège est un truc subi et que pour eux, manège qui tourne = deux minutes de tranquillité.

Je me suis fait la réflexion dernièrement en voyant un père coller sa fille dans un véhicule et lui filer un ticket sans lui parler, car il tenait une conversation au téléphone. Tellement accaparé par cette communication qu’il ne voyait pas que sa fille voulait changer d’engin, l’appelait vainement, s’est mise à pleurer, a pleuré pendant tout le tour. Et lui parlait au téléphone, sans doute convaincu de s’acquitter de son devoir paternel en collant son chiard dans le manège. Comme souvent je ferme ma gueule en ayant envie de lui dire qu’il est censé lui faire passer un moment agréable, et que lui, gros con, il transforme ça en un truc pourri. Bon, heureusement que c’est pas la majorité. Comme les parents qui tentent de dissuader leur garçon de monter dans la voiture rose de Barbie.

Globalement, les enfants que l’on regarde au manège ont l’air beaucoup plus heureux que les autres, qui se contentent de tourner sans pouvoir partager ça.

Dernière constatation : beaucoup d’enfants me tendent leur ticket en pensant que je suis le mec du manège. Et ça m’est arrivé dans plusieurs manèges. Il ne s’agit donc pas d’une ressemblance avec le proprio. Ça doit tenir au fait que je suis en jean basket, décontractware. De toute façon t’es gentil, mais je ne vais pas aller au manège en costard pour vérifier l’hypothèse inverse.

Quand le minus veut aller au manège Disney Palace des Sables-d’Olonne

juin 19, 2013 dans ma vie

Aujourd’hui, nous allons aborder un sujet de société, qu’aucun parent ne peut occulter : les manèges pour enfant. Le manège est aux enfants ce que la drogue est aux Freak Brothers, ce que le “au jour d’aujourd’hui” est à ton collègue de bureau : un truc dont ils ne peuvent se passer même s’il est pourri.

Étant possesseur d’un minus en état normal de fonctionnement, il m’est impossible de passer à proximité d’un manège sans devoir m’y faire racketter. Parfois, je le fais de bon cœur, parce que le manège est chouette. Carioca 2000, près de la Nation, sur le cours de Vincennes, fait partie de ceux-là. Il est beau, les véhicules y montent et descendent le long d’une petite route, tous les boutons bruyants fonctionnent : le train fait tchou-tchou, la voiture de pompier pimpon et la voiture de Barbie pouf. Bref, l’enfant en a pour ton argent.

L’autre manège de prédilection du minus, c’est le manège de Pierrot près du jardin de Reuilly. C’est le modèle classique de petit manège rond. Le propriétaire est un animateur hors pair du pompon. Il transforme ce moment en truc joyeux, avec des rebondissements, il les répartit avec équité. Le propriétaire est plus pittoresque que le manège, mais je comprends que les nains adorent. Bon, Pierrot, il est gentil, mais c’est un psychopathe de la sécurité. Avec lui, faut pas s’aviser de mettre les deux mains en l’air pour attraper le pompon ou se pencher d’un véhicule. Il t’arrête le manège en engueulant les parents. Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il a vécu un truc traumatisant pour être aussi raide. Ou alors il n’a pas d’assurance.

Il y a malheureusement une autre catégorie de manège, ceux qui sont pourris et tenus par des gens que ça fait clairement plus chier que toi d’être où ils sont. Et dans cette catégorie, je remets ma palme du manège le plus pathétique, le plus déprimant au manège de la promenade Georges Godet des Sables-d’Olonne. Attention de ne pas confondre. Aux Sables, sur le bord de mer, il y a deux manèges : un beau, rétro, à deux étages, avec de très beaux véhicules, des chevaux qui montent et qui descendent et des musiques d’ambiance appropriés. Et puis il y a l’autre. Le Disney Palace.

J’ai des doutes sur le fait que Disney cautionne ça de près ou de loin.

Ce manège est post apocalyptique. D’ailleurs, la proprio a dû être irradiée pour être aussi léthargique. Déjà qu’elle n’a pas un physique facile, mais je ne l’ai jamais vue souriante ou neutre. Non, elle tire la gueule quand tu achètes des tickets, elle tire la gueule quand elle ramasse les tickets des enfants, elle tire la gueule quand elle lance en moins de cinq secondes le pompon dans la tête du premier enfant qui passe, elle tire la gueule en raccrochant la ficelle du Mickey pourri et déchiré auquel elle accroche son pompon en lambeaux, et elle tire encore la gueule en se rasseyant jusqu’à la fin du tour. Sur son manège, quasiment tous les véhicules sont cassés, bancals, les deux tiers des ampoules sont mortes et elle a dû péter elle-même tout ce qui pouvait faire du bruit dans les voitures. Tout ce que tu entends, ce sont des grincements sinistres, parfois sommairement couverts par un best of de François Valéry que tu hésites à savoir ce que tu préfères, des grincements ou de la musique. Je ne crains pas un procès, car tout ce que je dis est rigoureusement exact.

Bref, minus, moi vivant, tu ne refoutras jamais un pied dans ce piège, ça t’évitera de choper le tétanos sur un vieux bout de ferraille rouillée.

Je reviens deux secondes sur le “au jour d’aujourd’hui” mentionné au début, parfois sublimé en “à l’heure d’aujourd’hui” par quelques sommités du monde intellectuel moderne, juste pour te dire non, faut pas dire ça Jean-Pierre, même “malgré que” est moins douloureux.